Maria Montessori
Une intelligence… qui a transformé le monde de l’éducation
On connaît la méthode Montessori. On connaît moins la femme, son caractère, ses combats, ses silences — et ce qui, intérieurement, l’a mise en mouvement.
Et si Maria Montessori était avant tout un profil CINQ selon la carte de l’ennéagramme ? Une observatrice du monde, discrète mais radicale, dont la puissance venait précisément de sa distance.
Je fais même ici l’hypothèse d’un CINQ (Mental – Émotionnel – Instinctif)[1] : un mental dominant, un émotionnel accessible, un instinctif plutôt réprimé. Un profil dont la croissance naturelle le conduit vers le leadership du HUIT… et dont le stress peut parfois prendre les accents dispersés du SEPT.
Une vie à contre-courant
Maria Montessori naît en 1870 en Italie, dans une société profondément patriarcale. Très tôt, elle choisit la voie la moins évidente : une école technique masculine, puis des études scientifiques, à une époque où les femmes sont orientées vers les lettres ou l’enseignement traditionnel.
Malgré les réticences de son père, un avis négatif du premier ministre, les humiliations des étudiants masculins… elle fait médecine. Un jour, alors qu’un étudiant secoue sans cesse son banc avec son pied, elle se retourne et le fixe dans les yeux…. Il se tourne alors vers son voisin et lui dit : « Je suis vivant ! Tu as vu son regard, j’ai cru qu’elle allait me tuer ! » Maria avait des yeux revolver !
Elle devient l’une des premières femmes médecins italiennes, spécialisée en psychiatrie et en neurologie. Mais ce n’est pas tout. Montessori est une éternelle étudiante :
- études techniques secondaires à Rome
- faculté des sciences (mathématiques, physique, biologie)
- médecine (doctorat en 1896)
- formation en psychiatrie
- recherches en pédagogie scientifique
- études en philosophie et en anthropologie
- enseignement universitaire
- travaux en psychologie expérimentale…
Toujours apprendre, approfondir, structurer.
On reconnaît ici la compulsion d’un profil 5 : accumuler du savoir pour comprendre le réel… et ne pas en être envahi.
Une hésitation possible ?
On pourrait toutefois hésiter avec le profil UN. En effet, Maria Montessori porte une exigence morale forte, une vision réformatrice de l’école, une rigueur presque inflexible dans l’application de sa méthode.
Son cadre est précis, normé, non négociable. Elle peut paraître intransigeante, critique envers les systèmes éducatifs traditionnels, animée par une volonté d’améliorer ce qui ne fonctionne pas.
Tout cela évoque le moteur du UN : l’idéal élevé, la réforme, la rectitude.
Mais là où le UN part d’une colère face à l’imperfection du monde, Montessori semble d’abord partir d’une observation scientifique. Son moteur paraît moins moral que cognitif. Elle ne dit pas “il faut corriger”, elle dit “regardons ce qui est”. C’est cette primauté de la compréhension sur la réforme qui fait pencher la balance vers le CINQ plutôt que vers le UN.
Son Intelligence dominante : le Mental
Dans la grille des 3 intelligences, Montessori incarne presque caricaturalement l’intelligence mentale :
- elle observe longuement avant de conclure
- elle structure des environnements plus qu’elle ne donne des consignes
- elle fait confiance aux lois du développement plutôt qu’à l’autorité adulte
Sa pédagogie naît d’un regard scientifique. Elle écrit :
« Les nouvelles méthodes, si elles étaient appliquées selon des principes scientifiques, devraient changer complètement l’école et ses méthodes, devraient donner naissance à une nouvelle forme d’éducation. »
Chez elle, le mental n’est pas abstrait : il devient dispositif. Le matériel Montessori est une pensée rendue visible.
En effet, sa pédagogie repose sur des principes clairs :
- le libre choix de l’activité,
- l’autodiscipline,
- le respect du rythme de chacun
- l’apprentissage par l’expérience.
« Tout enfant est un roi en marche vers l’aurore » écrit-elle.
Le cœur est présent — profondément — mais orienté vers la mission plus que vers la fusion affective. L’instinctif, lui, est réprimé : elle agit peu dans l’impulsivité. Elle préfère construire des cadres qui rendent l’action presque inutile.
Son Moteur : comprendre pour ne pas être envahie
Le CINQ cherche la maîtrise du monde environnant par la connaissance, pas par le pouvoir.
Chez Montessori, cela donne :
- Une foi absolue dans l’observation
- Une rigueur méthodique
- Un goût pour l’épuration
- Une vie affective compartimentée
Lorsqu’elle ouvre la première Casa dei Bambini en 1907, elle installe beaucoup de matériel… puis enlève tout ce que les enfants n’utilisent pas.
Observer. Filtrer. Épurer. Garder l’essentiel.
Toujours apprendre. Toujours affiner. Toujours comprendre davantage.
Sa devise implicite pourrait être : « Je dois me protéger, rationaliser le réel et accumuler du savoir pour exister. »
Dans la variante α du CINQ, le Mental est premier, l’Émotionnel en support, l’Instinctif réprimé.
Cela correspond étonnamment bien à Maria :
- Mental dominant : recherche scientifique, structuration, théorisation
- Émotionnel accessible : vision humaniste, respect profond de l’enfant
- Instinctif réprimé : difficulté à composer avec les jeux de pouvoir, peu d’appétence pour l’affrontement direct
Elle ne conquiert pas le monde par la force. Elle le transforme par cohérence.
Quand elle devient leader
Dans une dynamique positive, le CINQ α s’ouvre au HUIT. Et Montessori manifeste clairement cette lumière du HUIT :
- Elle tient tête aux institutions
- Elle affronte le fascisme
- Elle défend sa vision avec fermeté
- Elle rayonne à l’international
Mais c’est un HUIT au service, pas un HUIT dominateur. Plutôt « pouvoir pour » que « pouvoir sur ».
Quand elle « s’intègre », elle cesse de se protéger, elle s’engage. On voit alors chez elle :
- Une parole plus directe
- Une vision assumée
- Un leadership tranquille
Elle ne cherche pas à convaincre. Elle expose les faits. Et les faits parlent.
Le risque de la dispersion
Sous pression, en revanche le CINQ peut glisser vers les ombres du SEPT :
- Le papillonnage
- La multiplication des projets
- La planification excessive
- L’intellectualisation défensive etc.
Montessori a connu des périodes d’expansion tous azimuts : conférences, voyages, développement international. On peut y voir une forme de vitalité… mais aussi parfois la tentation de se réfugier dans le mouvement pour éviter l’affrontement.
Le CINQ, sous stress, préfère parfois se déplacer que combattre. C’est une stratégie de survie psychique.
La relation avec son fils Mario, qu’elle a eu hors mariage (ô scandale à l’époque), qu’elle a longtemps présenté comme son neveu, dont elle s’est séparée physiquement pendant près de 15 ans…. Cela révèle une complexité, qui est typique du CINQ sous stress : Maria protège alors son monde intérieur et ne livre que peu de son intimité. Elle reste en surface, comme un SEPT sait le faire en faisant le clown ou en racontant « des histoires » — dans les deux sens du termes — avec un haut débit verbal.
Ce que Montessori nous apprend aujourd’hui
La vie de Maria Montessori nous rappelle une chose essentielle : le leadership le plus transformateur n’est pas toujours le plus visible.
L’intelligence mentale, incarnée dans des dispositifs cohérents, peut changer le monde sans bruit. Un type CINQ à maturité ne cherche pas à diriger les autres. Il crée un système qui rend les autres autonomes. La pédagogie Montessori est exactement cela : un cadre si juste que l’adulte peut presque disparaître.
« Le plus grand signe de succès pour un enseignant, c’est de pouvoir dire : les enfants travaillent comme si je n’existais pas. »
On pourrait presque dire la même chose d’elle.
Elle a créé une méthode… puis s’est effacée derrière elle.
Et c’est peut-être cela, son vrai génie.
Sources
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-maria-montessori-l-insubordonnee-de-l-education
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maria_Montessori
https://www.youtube.com/watch?v=M8sK2oKKrFI
https://youtu.be/6-sbIm04PgU?si=jH32yJvBsvqHRywc
[1] Ce CINQ MEI, qui met l’Instinct en dernier, est nommé 𝛂 par contraposition avec le CINQ µ = MIE qui lui réprime l’émotionnel.